Maison Ungeheuer

Restauration d’un Pavillon Historique du Parc Pescatore
2002

Un patrimoine restauré et révélé

La Maison Ungeheuer, aujourd’hui classée monument national du Luxembourg, a fait l’objet d’une restauration approfondie visant à préserver son identité architecturale unique et à restituer la qualité historique de ce pavillon d’entrée du XIXᵉ siècle. Situé à l’accès nord ouest du parc Pescatore, le bâtiment constitue un témoignage rare de l’architecture pittoresque de l’époque. Le projet de restauration, réalisé en étroite collaboration avec l’INPA, s’appuie sur les recherches historiques, analyses stratigraphiques et investigations architecturales menées par Monsieur Thomas Lutgen, dont le travail a permis de révéler avec grande précision les différentes strates constructives et décoratives du bâtiment.

Contexte historique

La Maison Ungeheuer, située au 31 rue du Parc à Mertert, constitue l’ancien pavillon d’entrée du parc Pescatore. Édifiée entre 1873 et 1874, elle s’intègre au vaste ensemble château–parc commandité par Dominique Antoine Pescatore, dont l’aménagement paysager fut conçu par le paysagiste Édouard André. Le bâtiment remplace une ancienne dépendance du domaine de St Maximin et servait initialement de pavillon d’accueil positionné sur le flanc nord ouest du parc.

Évolutions et changements d’usage

Après la vente du domaine à Paul Simon en 1887, la maison change de vocation et est progressivement transformée en logement. La surélévation de l’erker polygonal, la création d’un étage habitable et l’ajout d’un volume annexe marquent cette adaptation. Entre 1899 et 1925, la maison est occupée par Karl Ungeheuer, jardinier du domaine, dont elle porte encore le nom. Au cours du XXᵉ siècle, divers travaux modifient ponctuellement son apparence : transformation de l’entrée du parc vers 1964, remplacement des fenêtres, réaménagements intérieurs. À partir de 1946, elle devient propriété de la commune et reste habitée jusqu’en 2018.

Caractéristiques architecturales d’origine

La configuration d’origine présente un volume rectangulaire prolongé par un erker polygonal. L’édifice repose sur une citerne et un caveau voûté, tandis que la toiture en sapin flotté est surmontée d’un Zwerchhaus orné des initiales « A P » du commanditaire. Trois accès distincts témoignent de sa fonction d’accueil. Les maçonneries en moellons de grès, l’enduit projeté non peint, les boiseries brun rouge ainsi que les finitions intérieures blanc cassé avec plinthes noires définissent son vocabulaire architectural.

Phases successives de transformation

Au fil du temps, le bâtiment subit plusieurs transformations significatives. La première, à la période 1873–1874, établit sa structure initiale et ses finitions. Après 1887, la maison est adaptée à un usage résidentiel : l’erker est surélevé, un étage supplémentaire est ajouté, les premiers décors peints apparaissent et un volume économique est construit côté sud ouest. Au début du XXᵉ siècle, l’édifice est de nouveau modifié par l’ajout de cloisons légères, la création d’une salle de bains, l’ouverture d’une fenêtre supplémentaire et l’introduction de finitions polychromes en intérieur. Dans le dernier tiers du XXᵉ siècle, la maison connaît des interventions plus techniques : pose de fenêtres en bois tropical, reconstruction de l’annexe, installation de sols en grès cérame et modernisation des réseaux.

Stratigraphie, restaurations et choix de mise en valeur

L’étude des couches de matière – peintures, enduits, boiseries, sols – a révélé une stratification très riche, témoin de l’évolution du bâtiment depuis sa construction en 1873–1874 jusqu’au XXᵉ siècle. Les boiseries extérieures portent successivement un brun rouge d’origine, puis des bruns plus sombres, un vert clair, avant de revenir à des teintes foncées. À l’intérieur, l’alternance des couches met en évidence un premier état blanc cassé avec plinthes noires, suivi de multiples campagnes polychromes, dont des frises au pochoir et des tonalités bleues, vertes ou brunes. L’escalier témoigne également de cette succession de teintes.
Cette lecture stratigraphique a servi de base directe à la restauration, guidant les choix de couleurs et permettant la réintroduction de matériaux cohérents avec l’histoire du lieu. Le recours à des carreaux ciment, compatibles avec l’esprit décoratif de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, participe ainsi d’une volonté de mise en valeur respectueuse et fidèle.

Valeur patrimoniale

La Maison Ungeheuer se distingue par une valeur patrimoniale multiple et clairement établie. D’un point de vue architectural, elle constitue un exemple rare et remarquablement conservé d’un pavillon d’entrée pittoresque associé à un grand parc paysager du XIXᵉ siècle. Par sa composition, son échelle et son vocabulaire – boiseries découpées, soubassements en grès, lucarne pignon à initiales –, elle reflète pleinement les codes stylistiques employés dans les parcs de prestige de la même période.

À cette valeur architecturale s’ajoute une dimension mémorielle importante : le bâtiment est lié à l’histoire locale en tant que maison natale d’Albert Ungeheuer, résistant luxembourgeois exécuté en 1944. La présence d’une plaque commémorative sur la façade rappelle ce lien fort entre le lieu et la mémoire collective. Cette double identité – patrimoniale et mémorielle – confère à la Maison Ungeheuer une signification culturelle qui dépasse sa seule valeur architecturale.

Restauration

La restauration, menée avec l’INPA et éclairée par les travaux de Monsieur Thomas Lutgen, a permis de préserver les strates significatives, de privilégier des interventions réversibles et de mettre en valeur les éléments identitaires tels que la lucarne pignon, les décors en bois et les volumes d’origine. Une attention particulière a été portée au choix des couleurs conformément aux résultats des analyses stratigraphiques, ainsi qu’à la réintroduction de carreaux ciment en cohérence avec l’esthétique historique du bâtiment. L’ensemble de ces choix garantit la pérennité, la lisibilité et la cohérence architecturale de ce témoin essentiel du patrimoine de Mertert.

Découvrez nos derniers projets

Maison passive à Burden

Architecture géométrique et maîtrise du site
2021
Suite parentale sous combles

Suite parentale sous combles

Une pièce refuge sculptée par la matière
2021

Extension d’une maison à Strassen

Un volume contemporain glissé dans la pente
2022

Vous souhaitez nous parler de votre projet ?

Lorem ipsum dolor sit amet consectetur adipiscing elit Ut et massa mi. Aliquam in hendrerit urna. Pellentesque sit amet sapien fringilla, mattis ligula consectetur, ultrices mauris.